Misery dit : Tiens, j'ai b'soin de ton avis. Tu peux aller sur ce site et me dire ce que t'en pense? J'écris une histoire...une histoire de vampires.

Misery dit : Tiens, j'ai b'soin de ton avis. Tu peux aller sur ce site et me dire ce que t'en pense? J'écris une histoire...une histoire de vampires.

*Bonjour a tous !*

Voici mon premier blog. Il a beaucoup vécu et finalement je l'ai reconverti en écritoire online pour mon manuscrit, "Huit siecles".

Je m'appelle Misery.
Évidemment ma mère ne m'a pas appelée comme ça, c'est un pseudonyme.
J'ai dix huit ans, je pèse un certain poids pour une certaine taille.
Je ne vois pas l'utilité de tout ça.
Je suis fan de mon chéri et je trouve mon meilleur ami très sexy. Je regarde toujours les yeux des gens en premier, et je déteste les gens qui se la pètent, qui sont trop surs d'eux.
J'adore l'humour chez les gens, c'est un trait essentiel.
Je suis extrêmement bête, pourtant je suis brune. Je suis amoureuse de Virginia Woolf et de Dostoïevski.
J'assume tout ce que je fais, je n'ai jamais honte de rien. Je veux devenir écrivain, et j'arrête pas de dire "putain". Je préfère la vanille au chocolat, et je fume pas. J'adore me balader avec des chaussures de Skate, et j'adorerais maigrir. J'ai peur du futur, et j'aime mater ARTE. Je ris très souvent toute seule, je n'ai pas peur des orages. J'adore lorsqu'il neige, et je passe mon temps avec un carambar au caramel vissé dans la bouche.
J'ai de nombreux piercings (pas tant que ça mais j'aimerais), et je me prends très souvent les ballons dans la gueule.


A propos des interets de ce blog, je précise que je suis l'auteur UNIQUE de tout ceci, qu'il s'agit d'une fiction, et que si je retrouve mon histoire ou mes photos sur un autre blog, je préviens de suite, je fais supprimer le blog en question, et je porte plainte car j'ai mes droits d'auteur sur tous les articles et photos.


Merci de votre compréhension hein :D



# Posté le jeudi 13 avril 2006 11:51

Modifié le lundi 02 novembre 2009 21:55

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# Posté le dimanche 07 mai 2006 09:18

Modifié le lundi 02 novembre 2009 21:53

Questions à l'écrivain (on sait jamais :D)

Questions à l'écrivain (on sait jamais :D)
Q : Qu'est ce qui a motivé ton choix d'un personnage féminin?
R: J'avais envie de faire une histoire de vampires mais je n'avais pas envie de copier l'idée de "Entretien" donc, j'ai opté pour une fille.
Q : Avec quel appareil prends tu les photos ?
R: J'utilise l'appareil photo d'une amie, c'est un Casio Exilim, avec juste 7.2 megapixels. Et le Logiciel que j'utilise c'est mon bon ami photophiltre.
Q : Pourquoi avoir choisi un bain de lait ?
R: ca, je n'y réponds pas maintenant! c'est important de s'en souvenir pour la suite ! :)
Q : Pourquoi avoir choisi la chanson "je dis M" dans la premiere partie ?
R : parce que l'idée de cette histoire m'est venue dans un metro a toulouse, et que la chanson que j'écoutais a ce moment la, c'était "Je dis M"
Q : Toutes les photos qui illustrent ce blog sont de toi ?
R : généralement oui, sinon je le précise...j'aime bien montrer aux gens ce que j'avais dans la tête en écrivant :D

# Posté le dimanche 20 août 2006 15:50

Modifié le mercredi 09 septembre 2009 09:04

*chapitre 1* Une question de vie ou de mort

*chapitre 1* Une question de vie ou de mort
.
Ecrit le 19 janvier.
Musique pour accompagner ce passage : <#>

Julia se laisse tomber à côté de moi, juste au moment où les portes métalliques du métro se referment dans un claquement sec. J'aime quand elle est là : son parfum de cannelle emplit l'air de cette prison de fer qui traverse la ville dans des tunnels, et qui m'a toujours évoqué la vision d'un ver cheminant dans une pomme.
Ses joues, rosies par le froid, soulignent la pâleur de ses grands yeux gris qui, pour le moment, fixent l'immensité vide de quelque chose qu'elle seule peut voir.
Je l'observe du coin de l'½il reprendre une respiration reposée, et j'entends son c½ur cogner dans sa poitrine avec une netteté qui me surprendra toujours. Elle a couru, dès qu'elle a reçu mon message, afin de ne pas manquer la rame 105, dans laquelle j'ai "élu domicile" ces derniers temps. Non que je sois une S.D.F, comme on dit de nos jours, mais je suis le plus clair de mon temps, comme la plupart des travailleurs de la basse société Parisienne, dans ce petit compartiment à hommes se mouvant avec lenteur dans les ténèbres de la Terre.
Un faible sourire a éclairé son visage aux agréables rondeurs, mais je ne souris pas : elle sait que je n'aime pas cela, alors qu'elle même sourit sans raison, comme ça, juste par plaisir. Un plaisir somme toute enfantin que je ne suis pas en mesure de partager en ce moment.

- Je suis désolée pour le retard, mais tu m'as envoyé un message...
- ...au dernier moment, oui je sais.

Imperceptiblement, je fronce les sourcils.Ma voix, d'ordinaire douce et sonore a la fois, s'est muée en une voix dépourvue de timbre, une voix banale et enrouée de droguée ou de tabagiste. Je lève les yeux au ciel afin de ne pas croiser le regard de Julia, et je fixe attentivement la fenêtre de plexiglas devant moi.
Les lumieres intermittentes de ce long couloir souterrain eclairent nos visages d'une lumiere crue et laide ; dans le reflet de la vitre, je me vois mal coiffée, l'air hâve et maladif. Je suis en manque et nous le savons toutes les deux. Mais je ne peux rien lui demander. Trop de monde : la jolie femme enceinte et son mari aux innombrables piercings, assis a coté de moi, m'observent avec curiosité, comme chaque soir. Une petite fille blonde et sa grand mere, au fond de la rame bondée, un hadicapé moteur dont le fauteuil navigue par télécommande elecrtonique entre les usagers aux visages inconnus et aux visages mornes.
Je tourne enfin la tête vers Julia, qui caresse de sa main pleine de vie ma peau froide et mes cheveux, aplatissant les mèches rebelles, écartant ma frange de mes yeux. Elle m'embrasse avec douceur, et à travers mes lèvres glacées je sens s'infiltrer sa langue brulante.
Elle ferme les yeux et je l'imite, je m'abandonne a la chaleur sucrée de ses mouvements, et a cette enivrante odeur de cannelle. Je me sépare a regret, et je regarde les masses humaines encombrées de sacs, de mallettes et de parapluies : tous, gênés, ont détourné les yeux, a l'exception du couple qui nous regarde avec amusement.
Julia se penche vers moi et murmure doucement a mon oreille :

- A la prochaine station, il faudra descendre. On va a l'appart', tu te réapprovisionnera la bas.

Je hoche la tête et mon regard se perd a nouveau dans le tunnel, visible par les ouvertures illusoires, obstruées, de ces épaisses fenêtres. Je pense. Je pense que nous sommes cote a cote, et que chacune, nous savons ce que nous voulons de l'autre. Je sens le métro ralentir et Julia se lever. Il me faut du temps pour me lever de mon siège de plastique. Mes articulations tirent : cela fait trop longtemps. Il me faut combler ce manque ; bientôt je ne penserai plus qu'a ça. Julia attrape ma main glacée et bouscule les usagers qui nous jettent des regards méprisants. Je reste sur le quai et je fixe, a l'intérieur du métro, le couple qui nous regarde en souriant tandis que la rame s'éloigne.
Puis Julia m'emmène a travers les dédales de marches et de couloirs jusqu'aux barrières de sécurité, que nous franchissons sans difficultés. Le reste du trajet m'est par contre inconnu, tellement mon obsession, mon impression de manque m'égare. Serrées sous le parapluie noir que tient Julia au dessus de nos têtes, je ne pense qu'a ça, à la sensation de bien être qui s'ensuit. Je n'entends pas les paroles inquiètes de ma compagne, ni les murmures profonds de la ville : tout en moi réclame la satisfaction, la plénitude. Je ferme les yeux avec difficulté, et lorsque je les ouvre, nous sommes face a une porte blindée sous un petit porche qui nous abrite de la fine pluie argentée que j'ai toujours, d'habitude, un singulier et masochiste plaisir a admirer.
Je m'effondre sur l'une des marches de l'entrée, et d'un oeil éteint je regarde Julia jeter a terre ses livres de cours.
Pour la première fois, un sourire se dessine sur mes lèvres : elle est encore a la recherche de ses livres. Mon sourire se crispe : mes lèvres sont sèches et abimées par cet effort hors de ma portée.
Un tintement, le claquement d'un verrou qui se laisse faire. Julia qui me hisse sur son épaule et monte lentement les escaliers de l'immeuble, jusqu'au troisième étage, ou au quinzième, ou au centième. Ma perception des choses s'altère de plus en plus. Encore le tintement et le claquement des portes.

Oh non, je vais mourir de ce manque qui régit ma vie...



<To be continued>

# Posté le jeudi 13 avril 2006 12:12

Modifié le lundi 26 janvier 2009 05:03

*chapitre 1 Une question de vie ou de mort deuxieme partie*

*chapitre 1 Une question de vie ou de mort deuxieme partie*
Ecrit le 26 Janvier
Musique pour accompagner ce passage : <#>

Je suis dans l'appartement de Julia, je le reconnais : le corridor mal éclairé me rappelle ironiquement le couloir souterrain qu'on vient de quitter et celui que je vais bientôt voir venir si je ne me presse pas. On passe devant de nombreuses portes qui mènent toutes sur une quelconque pièce miteuse et sale, envahie par les relents tenaces de l'herbe et de l'alcool renversé.

La porte du fond : sa chambre, qui s'ouvre en grinçant. Oh, vite, Julia !
Je veux parler mais rien ne sort de ma bouche si ce n'est un grognement rauque. Malgré la brume qui m'assaille, j'ai le temps d'admirer la noire beauté de la chambre de Julia, qui allume lentement les bougies et verrouille la porte après moi. La chambre, contrairement au reste de l'appartement, sent l'encens et une odeur poisseuse qu'il serait difficile de remarquer. Pour masquer l'état effrayant des murs, elle a tendu de velours noir chaque centimètre carré de la pièce. Je m'effondre lamentablement sur le lit à baldaquin, qui trône au centre de la chambre.

Je n'en peux plus, je ne peux plus bouger, mes articulations tirent et craquent en des bruits inquiétants et peu naturels. Julia se défait de sa salopette et de son tee-shirt, elle fait glisser ses sous-vêtements comme une experte. Elle s'avance et me débarrasse de mes chaussures à talons aiguille, remonte ma robe et me la fait passer au-dessus de la tête avant de la jeter à terre. Nous voilà nues, l'une contre l'autre.
Julia est en transe, elle sait que je suis faible, et qu'elle domine même jusqu'à ma vie.

C'est ce qui l'excite.


Elle se penche vers moi : je mobilise mes dernières forces et je tends la main vers son cou, que je caresse doucement. Je suce la pointe de ses seins, et je l'entends glapir de plaisir. Puis, sans prévenir, je la plaque contre mon corps et je plante sauvagement mes dents dans son cou.

Elle tressaille, mais déjà le sang coule de la blessure, et je le lèche avec avidité avant de plaquer mes lèvres contre la plaie. Elle tombe en arrière sur le lit, tandis que je bois son sang avec délectation ; ses mains appuient sur ma tête alors que je savoure goutte après goutte cet épais liquide couleur de rubis, et par extension la chaleur et la vie de ma chère amie. Je sens mes joues se détendre, et les zones les plus sèches de mon corps se gorger de ce sang frais.

Je jette un regard à ma victime : les yeux mi-clos, elle gémit doucement, les mains enfouies dans mes cheveux comme dans le feu d'une passion amoureuse. Il est temps de la lâcher, mais je n'y peux rien. Il m'est impossible de desceller mes lèvres cadavériques de sa peau. Tandis que je bois encore et toujours, je sens ses seins se durcir contre mon corps : le vampirisme l'excite, chose que je comprends tout à fait de la part de gens comme moi, mais qui m'échappera toujours chez quelqu'un comme elle. Elle croise les cuisses : je sais qu'il va être temps de remplir ma part du marché.

Ma faim première est assouvie. Je sens maintenant mon âme se fondre lentement dans ce sang que je bois avec délice, et qui rafraichit mon corps mort. Les mains de Julia se posent sur mon visage : je lâche son cou à regret et je la regarde. Elle est blême ; je dois bien lui avoir prélevé un litre et demi de sang. Mais elle a ce regard inquiétant qui me rappelle celui de l'Homme qui m'a jadis créée. Je sais ce qu'elle veut. Elle veut dominer, même maintenant, alors que j'ai repris toutes mes forces et que je pourrais la tuer en lui tapant légèrement le crâne.

C'est ce qui l'excite.

# Posté le dimanche 30 avril 2006 13:09

Modifié le lundi 26 janvier 2009 05:13

*chapitre 1 troisieme partie*

*chapitre 1 troisieme partie*
Ecrit le 3 Fevrier
Musique pour aller avec le passage : <#>


Mes yeux s'ouvrent avec la soudaineté propre à ma condition : j'ai passé ma nuit chez Julia, et également toute cette journée. Je n'ai fait que dormir : cela faisait une semaine que je ne m'étais pas reposée. Je suis nue, couchée sur les draps noirs, le corps strié par les rayons du soleil échappés d'un volet miteux. J'ai remis mes chaussures, et je savoure, cigarette aux lèvres, la caresse du soleil, du tissu, le goût du tabac.

Je m'étire, puis je me lève : Julia a laissé des vêtements propres sur une chaise. Je les attrape et je traverse ce couloir lamentable et délabré avant d'entrer dans la salle de bains. L'émail du lavabo est jauni par le temps et le manque de soins. Je fais couler du lait dans la baignoire et je m'y étends, sans prendre la peine d'ôter mes chaussures.


Je secoue mes cendres, qui tombent par terre, et je soupire. J'ai fait de profondes marques dans le cou de ma compagne, et je lui ai pris plus de sang que d'habitude. C'est assez pour deux jours mais cela ne me suffit pas : déjà ma décision est arrêtée.
Je sors de la baignoire et je me sèche avec précaution, puis j'enfile les sous-vêtements, le pantalon large, le t-shirt de velours, le manteau long en cuir. Je sens la différence des tissus sous mes doigts, leur chaleur sur ma peau : je suis en vie. Je regarde dans le miroir fixé au mur en haut du lavabo mon visage plus rond que je ne le pensais.

Mes yeux verts brillent encore d'un éclat fluorescent peu commun, et ma bouche laisse deviner de légères traces de sang. Je peigne en hâte mes cheveux noirs, puis j'inspecte mes canines, légèrement proéminentes : j'en teste le tranchant du bout de ma langue, puis j'attrape mon écharpe et je sors de l'appartement : mon corps ressent la caresse de l'écharpe que je noue autour de mon cou, le vent qui joue avec mes cheveux.

Chaque fois que je me nourris, toutes les choses autour de moi existent a nouveau. Le soleil n'est pas encore couché, et je lève la tête en quête d'un rayon hasardeux. Je cherche dans la poche de mon désormais nouveau manteau mon paquet de Lucky Strike et j'allume d'une seule main ma cigarette, que je savoure en marchant au gré de mes fantaisies.

Je m'appelle Candice, et je suis ce que l'on appelle un Vampire. Je souffre de devoir l'avouer, mais c'est ce que je suis, alors autant nommer les choses par leur nom. Je ne suis pas une gentille fille, ni un monstre assoiffé de sang. Il est passé en mon existence tant d'évènements que je ne saurais le décrire sans y passer une vie humaine. Mais je ne peux toujours pas définir ce que je préfère dans ma vie : mon passé ou mon présent.

# Posté le mercredi 03 mai 2006 16:18

Modifié le dimanche 06 septembre 2009 08:31

*chapitre 1*partie 4

*chapitre 1*partie 4
Ecrit le 3 fevrier
Dessin original, par Charlotte Liguori
Morceau pour aller avec ce passage : <#>



Je laisse mes pas m'entraîner dans les bas quartiers de Paris, ces mêmes bas quartiers que j'arpentais du temps de ma jeunesse, respirant cette odeur délicieuse de péché et de sang frais. Oui, je suis un Vampire, mais qui n'est en aucun cas de ceux inventés par quelque écrivain. Mes aventures, puisque c'est le nom à donner à ma vie, ne sont pas une Chronique, mais un témoignage : j'existe, et avec moi d'autres qui se battent, les uns contre les autres, entre castes de Vampires.


Mais cela remonte a trop loin pour que le sens de mes paroles soit compréhensible ; et si j'ai bien compris une leçon, c'est qu'il ne faut pas brusquer le temps.
Peut-être avant tout ma présentation aidera-t-elle à comprendre mes actes passés. Je me nomme Candice, mais cela est déjà dit. En revanche je peux affirmer avec certitude que cela fait huit cent quatre vingt quatre ans que j'ai vingt-trois ans. Il peut être incroyable, cet age infernal qu'est le mien : car j'ai vu la Guerre de Cent ans, et la révolution Française, le Nazisme et la Guerre Froide. Combien de preuves ne puis-je pas donner afin de confirmer mes dires, car j'ai en horreur le mot « mensonge », qui trop de fois par le passé m'a mené à ma perte.

Je m'engage dans une ruelle : le son de mes talons qui claquent sur le bitume me donnent l'ignoble impression d'être suivie. Le fait d'être vampire ne dit pas que je ne crains rien, que je suis invincible : et des gens veulent ma mort. Je débouche sur une rue lamentablement entretenue, bordée de bancs dont la peinture caillée est couverte de graffitis. Je m'assieds sur l'un de ces bancs et je regarde, tout en allumant une autre cigarette, les vieilles prostituées qui sortent des bouges, des ruelles sombres, afin de vendre leurs corps, vulgairement boudinés par leurs jupes de cuir et leurs collants résille.

Je tire une bouffée de ma cigarette et je les observe minutieusement : car ce soir j'aurai encore soif, et quatre de mes cinq contacts ne sont pas en ville. La cinquième vient de me servir. Julia est une jeune lesbienne que j'ai rencontré il y a peu en me rendant a une soirée « gothique ». Je lui ai parlé de mon besoin de sang, et sans doute m'a-t-elle prise pour une « vampiriste », mais elle a accepté et aujourd'hui encore, en échange de mon corps, elle m'offre son sang une fois par semaine. J'ai instauré ce rythme afin de ne plus massacrer sans vergogne les dignes représentants de la race a laquelle j'appartenais il y a longtemps. J'observe attentivement les prostituées ; celle que je choisirai pour être ma maîtresse cette nuit ne rentrera jamais chez elle.

Je repère une jeune asiatique aux cheveux vulgairement teints en roux, et aux longues jambes fines. Je lève un sourcil étonné : elle n'a même pas quinze ans. J'amorce un mouvement dans sa direction lorsque je sens une puissante odeur de parfum bon marché. Je tourne la tête sur le coté et je la vois : une femme blonde, typée de Paris, un ridicule béret bleu perché sur le crâne, qui couvre ses cheveux permanentés. Son énorme poitrine, ses hanches larges, appellent la sensualité, même si cette horrible odeur de parfum crée une barrière agressive autour de cette femme. Adossée a un mur, non loin de moi, elle fume une cigarette, un vague sourire moqueur aux lèvres.

Je me lève, m'étire, et jette ma cigarette a terre : c'est elle que je veux. Je traverse la rue, m'installe a la terrasse d'un bar mal famé et je regarde ma nouvelle victime, qui elle-même regarde ses camarades d'infortune arpenter les rues, juchées sur leurs chaussures a talon aiguille, tremblantes et hésitantes. Je commande un verre de lait, que je ne bois pas : c'est du sang qu'il me faut.

Je repense souvent avec mélancolie a ma vie passée : j'aime m'y perdre, sans pour autant négliger les attraits de la nouvelle époque dans laquelle je vis. Je pense, en toute honnêteté, que j'ai eu le malheur – ou le bonheur, selon les points de vue – de naître en une époque d'insécurité et de mort. Les choses auraient été différentes si j'étais née aux ténèbres en plein vingt-et-unième siècle. Je touche mon verre de lait, blanc, mouillé, destiné à être renversé a terre car jamais bu. Inutile : qui d'autre qu'un vampire souhaitant être discret payerait quelque chose pour ne pas le consommer, surtout en ces temps de crise ?

Tout simplement parce que cela me tuerait. Il existe tellement de dangers dans cette vie de damné qui est la mienne. On nous dit chanceux, au XXIème siècle, de vivre éternellement : on nous envie. Autrefois, nous étions chassés comme la peste, des légendes aujourd'hui dites « urbaines », néanmoins menaçantes. Mon attention se reporte sur la prostituée : le soleil est maintenant loin, il est temps d'attaquer.

# Posté le mercredi 03 mai 2006 16:53

Modifié le dimanche 06 septembre 2009 08:34

*Chapitre 2: La ou tout a commencé*partie 1*

*Chapitre 2: La ou tout a commencé*partie 1*
Article écrit le 11 Mars
Musique pour accompagner ce passage : <#>



Je suis née un jour qui, dans le nouveau calendrier, correspond au 21 Décembre de l'an dit "de grâce" 1124, et qui n'était que peu pourvu de grâce du fait du froid intense, de la famine et des morts qui s'ensuivaient.
La vie était alors un fléau, une malédiction.

J'ai vu le jour dans une misérable masure d'esclave, de "serf" comme on disait, rattachés que nous étions, aux terres du Roi de France, ici en Auvergne. Ma mère, femme maigre et dépourvue d'amour ou d'attention, avait déjà donné le jour a de nombreux enfants : Marius, l'ainé, avait cinq ans de plus que moi. Suivaient Jean et Marie, les jumeaux ; Marie Jeanne et Clémence, Godeffroi...et ma mère faillit mourir en nous mettant au monde, moi et mon frère jumeau.

Mon père dont je garde une tendre mais brève impression, était très fier de sa tribu ; peu porté sur la religion et extrêmement bon vivant, il n'hésitait pas a faire preuve de sa virilité. Mais nous étions en un hiver rude, et mon frère ne résista pas au climat glacial. Il mourut sans même être baptisé, ce qui me valut la haine tenace de ma mère, fidèle croyante, convaincue de ma culpabilité dans ce décès. Non qu'elle fut triste de la perte de l'un de ses enfants; mais comme tous en ce siècle de misère, elle était d'une piété remarquable, comme je l'ai dit, et considérer l'âme de l'un de ses enfants comme damnée était une honte.

La maison de mon enfance était en réalité une vieille bâtisse de mortier récupéré au péril de la vie de mon arrière grand père, le toit vulgairement bouché avec de la mousse : il n'y avait pas de fenêtre, seulement un trou qui faisait hurler le vent, et par lequel les déjections étaient déversées. La France était a l'époque gouvernée par Louis VI, que le peuple appelait "le Gros", et en ces temps que l'on qualifierait de paisibles d'un point de vue militaire, la famine s'acharnait sur nous, dont la vie valait moins cher que le vêtement que nous portions.
Je grandis, et mon corps sale et crasseux ne connaissait pour toute hygiène que les baignades dans les lacs.
Mes cheveux noirs comme le geais poussaient tellement emmêlés qu'ils en paraissaient bouclés : trop jeune pour travailler aux champs, je passais mon temps à m'amuser. Mes parents travaillaient la terre qui ne leur appartenait pas afin de récolter des légumes directement envoyés aux ducs d'Aquitaine, une sorte de rançon bien peu intéressante envoyée par le Roi afin de prévenir d'éventuelles attaques anglaises. Mais tout ce climat politique ne m'intéressait pas le moins du monde : je passais toute mon enfance à courir à travers bois, à nager dans les mares boueuses, ou à me rouler dans l'herbe des collines, me cacher dans les champs d'orge avec mon ami de toujours, mon frère sans l'être vraiment : Grégoire.

Sa mère, morte en le mettant au monde, avait été une amie de la mienne : elle n'aimait donc pas Grégoire, persuadée d'avoir affaire au fils du diable. Il était aussi roux que mes cheveux étaient noirs, et ses grands yeux bleus faisaient par leur profondeur oublier le nez épaté et les taches de rousseurs envahissantes ; et son visage était aussi rond et plein que le mien était fin et émacié.

Le père de Grégoire était un fermier qui n'avait de comptes à rendre à personne : il n'était pas, comme nous, obligé de se tuer à la tâche sans jamais voir le fruit de ses efforts, et la famine ne l'avait jamais frappé. Mais nous nous amusions ensemble et il arrivait souvent à Grégoire de voler les ½ufs sous les poules tôt le matin afin de nous les donner. Ma mère alors le gratifiait un sourire sec et froid, sourire dont elle n'était d'ailleurs pas coutumière.

Deux ½ufs pour douze, mais en même temps un bonheur simple et magique. Grégoire et moi étions inséparables : nous chipions de la nourriture dans les marchés, fabriquions des bijoux en écorce d'arbres taillés qu'il m'offrait ensuite, passions des heures à nous fixer droit dans les yeux, réciproquement fascinés par les nuances colorés de nos iris. Comme tous les enfants, je connaissais grandes joies et petites peines, amours enfantines et déceptions traumatisantes. Je savais que d'autres étaient mieux lotis que moi, mais c'était ma vie et je l'aimais.

Par le plus grand des malheurs, la famine de 1139, qui était de loin la plus longue et la plus terrible depuis ma venue au monde, mis brutalement un terme à mon bonheur simple et doux. Les bêtes ravagées par la gale avaient été attaquées par une meute de loups, descendue du Massif Central en quête de viande plus nourrissante. Les récoltes avaient été anéanties par la grêle ; et nous sentions nos ventres rugir comme le fracas du tonnerre. Clémence succomba de cette ignoble faim : je la retrouvais un matin les yeux fermés en une expression d'intense souffrance, la main dans la bouche. Elle s'était dévorée les doigts.
Ce fut ma première expérience de la mort, et ce n'était pas entièrement à cause de notre lien de sang, mais cela me choqua tellement que je devins hystérique.

Ma mère m'écarta du cadavre et m'asséna une paire de gifles, puis m'attrapa par les cheveux et me jeta hors de la maison.
Encore une mort dont elle me pensait responsable.

# Posté le jeudi 04 mai 2006 17:13

Modifié le vendredi 13 mars 2009 07:51